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Le vélo de gravelle à Lac-Brome : une merveille, une fête des yeux et des sens!

Il y a des lieux que j’aime profondément pour ce qu’ils évoquent. Comme Lac-Brome. De nombreux tournages de cinéma se déroulent dans son cœur villageois, Knowlton, tandis que la célèbre écrivaine Louise Penny s’en inspire dans ses romans policiers. Son lac, superbe, très animé, enchante. De mon côté, Lac-Brome se révèle une merveille, une fête des yeux et des sens pour ses plaisirs gourmands, bien entendu, mais aussi pour le vélo de gravelle.

 

Pédaler sur des chemins en gravier ou terre battue offrant une douceur de roulement étonnante, quel régal surtout lorsqu’ils s’avèrent magnifiquement ombragés, parsemés d’arbres colossaux dont les branches et les feuilles forment voûte au-dessus de nos têtes. Les parfums varient selon qu’on se trouve en forêt, aux abords d’un étang ou des fermes, nombreuses, qui permettent de jolis coups d’œil sur les pâturages et les sommets environnants.

Mouliner sur St-Paul, Spicer, Bailey, de Brill relève de la fantasmagorie. Tout autant que sillonner le chemin du Centre. Ah, le chemin du Centre… la Provence au Québec! Rien de moins. J’aime Tibbits Hill pour le panorama qu’il dévoile sur le lac en contrebas et le mont Orford, au loin. Et son école rurale érigée en 1845, en pierres des champs, avec porte en bois massif. Mes amis de Zen Garnotte (un club cycliste informel) et moi savourons cette impression de hublot sur la vie d’autrefois lorsque nous roulons sur le chemin Stagecoach, la voie des diligences de l’époque qui approvisionnaient la région. Je reviens sur St-Paul. Dans les deux cimetières presque voisins, en respectant le caractère des lieux, remarquez les monuments funéraires les plus vieux et l’âge des défunts, si jeunes… Et sur Bailey, à la ferme Badger, je vous souhaite que certaines des vaches Highland, si costaudes, poilues, cornues se trouvent tout près, en bordure de clôture. Impressionnant! Originaires d’Écosse, elles produisent une viande très maigre qu’affectionnent des restos chics de Montréal.  Parlant de bêtes, vous pourriez croiser des citoyens à cheval en raison de la présence de fermes équestres sur le territoire de Lac-Brome.

 

Nous aimons bien faire halte à Call’s Mills et même aller savourer notre pique-nique aux abords du ruisseau auquel on accède par un sentier boisé d’un kilomètre. L’une de nos adresses favorites, ma conjointe et moi, surtout lorsque des amis nous rendent visite dans la région, c’est le bistro Le mistral du Domaine Jolivent. Sa terrasse à deux niveaux, avec cuisine en plein air, la piscine, les aménagements d’horticulture ornementale constitue un havre de paix. Un délice, les mets concoctés. Quoiqu’après 50 ou 75 km de vélo, tout est synonyme de gastronomie…

Parfois, on s’offre un autre plaisir, celui d’une dégustation au vignoble Léon Courville. Là également le regard embrasse un décor idyllique avec les pâturages, le lac Brome et le mont Orford encore en toile de fond.

Enfin, un incontournable, la Cyclerie de Knowlton. Mélanie Trottechaud aime « créer des moments ». Elle y excelle. On y trouve de la gelato et des sorbets maison concoctés de produits importés d’Italie. Elle propose aussi  du Billboquet végane. Et… un atelier mécanique si une réparation d’urgence s’impose avant de reprendre la route! Mélanie, un personnage en soi, policière de métier, s’amena à Lac-Brome en achetant une vieille victorienne et en démarrant la Cyclerie dans la même année. Tout ça pendant que deux de ses trois enfants participaient à des compétitions cyclistes à travers le Québec et qu’elle-même complétait cinq demi-Ironman à différents endroits en Amérique du Nord. Ouf! Parmi ses employés qui vous serviront, outre ses adolescents, vous retrouverez de jeunes membres de l’équipe nationale de développement en aviron, qui est basée à Lac-Brome.

« L’énumération pouvait durer encore longtemps, l’anatomie d’un géant étant sans limites », écrivait Antonine Maillet dans Pélagie-la-Charrette. Ça s’applique parfaitement à Lac-Brome.

Comme tout le monde, je suis attiré par les vieilles et somptueuses ancestrales, leur histoire, leur architecture. Comme tout le monde, la fébrilité qui règne à la plage Douglass et sur les terrasses m’enivre. Mais, ce que la bicyclette de gravelle permet, c’est la découverte des petites rues, des routes non asphaltées que les automobilistes contournent pour ne pas empoussiérer leurs véhicules. Cette discipline en plein essor, axée sur le plaisir, l’exploration, la contemplation constitue un mode de tourisme actif, respectueux de la nature. Les foules, nous les évitons plutôt que les rechercher. Et ça a bien des avantages, pour nous comme pour les résidents.

 

 

Enfin, je dois insister sur la splendeur et la diversité des paysages que nous offre la région par ces chemins alternatifs. En bécane, nous faisons partie de cet environnement et nous avons le temps de l’imprégner en nous. Si cette merveille, cette fête des yeux et des sens vous titille, sachez  que parmi les nombreux plaisirs, il y a celui de gravir et dévaler des pentes. Tout se dessine en rondeurs à Lac-Brome. Le plat n’existe pas. Astiquez vos mollets! Et souriez, la vie est belle!

 

Yvan Martineau 

Journaliste et chroniqueur plein air au Cogéco 98,5fm à l’émission « Les week-ends de Paul Houde ».